Pour créer il faut un terreau fertile, et le meilleur terreau, c’est le compost. J’appelle compost tout ce que j’ai ingéré d’œuvres culturelles ce mois-ci. Je n’en fais qu’un rapport succinct, je garde ce qui m’a transfobouleversée pour la newsletter Premium !
En juin, j’ai lu pas mal de bouquins
Certains dont j’ai fait des petites chroniques ici, donc je ne vais pas me redire : vous pouvez lire mes avis (positifs) sur Yesteryear de Caro Claire Burke, Hâte-toi quand la nuit vient de Marie Pavlenko, Change of Plans de Sarah Dessen et enfin The Names de Florence Knapp en cliquant sur les titres.
J’ai lu La Végétarienne de Han Kang, sur recommandation de Lucie et prêté par Nathalie. C’était une expérience de lecture hyper désagréable et déprimante ! J’ai qualifié à plusieurs fois le roman de « gluant », et je m’y tiendrai. C’est l’histoire d’une femme qui arrête de manger de la viande du jour au lendemain suite à un rêve. C’est évidemment plus que ça, mais voilà le point de départ. Ça se lit vite, c’est très marquant par ailleurs, le dispositif narratif est intéressant, mais je serais bien en peine de le recommander à quiconque. (Rappelez-vous : gluant.)
J’ai lu Peut-être le hasard de Agathe Charnet. C’est un très beau récit des dernières années de la mère de l’autrice, atteinte d’une forme d’Alzheimer précoce. J’ai été très sensible à ce qui est, selon moi, le plus dur à faire dans la mise en récit de soi : montrer le plus moche, dire le plus inavouable. Agathe Charnet le fait avec beaucoup de puissance et de poésie. J’ai dévoré ce livre en un après-midi. (Bonus : l’objet-livre est très agréable à manipuler.)
J’ai lu Blanche de Maëlle Réat, une BD sur sa mère (là-aussi !), qui vit avec le VIH depuis sa vingtaine. J’ai été impressionnée par l’adresse de l’autrice à transmettre des informations importantes sur le VIH, sa transmission, la manière dont l’épidémie a été traitée au départ, puis ensuite, sans que ça n’ait jamais l’air factice ou sur-pédagogique. C’était très émouvant.
J’ai lu Les Ogres de Louise Mey. C’est le troisième et dernier volet des enquêtes de Alexandra Dueso, membre de la fictive et utopique Brigade des Crimes et Délits Sexuels, dans un commissariat au nord de Paris. J’avais beaucoup aimé les deux précédents (Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles), il n’est pas nécessaire de les avoir lus pour apprécier celui-ci. TW violences sexistes et sexuelles (et plus particulièrement sur des mineures ici). Malgré ça, vous serez peut-être surpris·es de lire que je trouve ces polars hyper réconfortants. OK c’est dur, mais au moins, au moins il existe une brigade complète de flics qui prennent les VSS au sérieux. Un peu triste que ce soit la fin des aventures d’Alex (et Marco, emoji cœur), mais c’est une fin très satisfaisante. Je suis fan de Louise Mey !
J’ai lu In Every Possible Way de Alicia Thompson. C’est mon autrice de romance préférée, j’avais si hâte, et je n’ai pas été déçue ! Il se passe en 48 heures, à Dublin, avec une super vibe Before Sunrise. Il était différent des précédents, et tout aussi super. Il contient un élément de magie, mais depuis que j’ai lu Good Spirits (de BK Borison) je ne suis plus si allergique que ça à l’idée, et globalement vraiment je n’ai rien à redire, Alicia Thompson est la plus forte au monde.
Sur le même sujet : je viens d’apprendre que son roman précédent, Never Been Shipped que j’avais beaucoup aimé aussi, vient de sortir en français sous le titre Larguez les amours (EDEN, trad. Sarah Grassart). Si vous aimez la bisexualité, l’amour, l’amitié, rigoler, bref : la joie : jetez-vous sur ce bouquin.
J’ai vu pas mal de séries
J’ai vu la saison 4 de The Bear (créée par Christopher Storer) : bon, à un moment donné, il faudrait que Carmen aille voir un psy, c’est plus possible.
J’ai vu la saison 2 de The Pitt (créée par R. Scott Gemmill) : même verdict pour Dr Robby, désolée !
J’ai vu la saison 5 de The Boys (créée par Eric Kripke) : une autre série qui n’aurait pas pu durer si les Boys allaient en thérapie, mais là, c’était chouette de voir rassemblés tous mes chouchous de Supernatural le temps d’un épisode (tiens, encore une série qui n’existerait pas si les mecs allaient en thérapie).
J’ai vu la saison 1 de Off Campus (créée par Louisa Levy d’après les romans de Elle Kennedy), et vous pouvez retrouver mon avis détaillé, ainsi que ceux de Marcia Burnier et de Nathalie Sejean, sur le blog de Nathalie (spoiler : bof).
J’ai vu quelques films
J’ai vu Paranorman (réalisé par Sam Fell et Chris Butler) sur conseil de Maïté. C’est l’histoire d’un petit garçon qui voit les morts et qui se retrouve soudain à devoir déjouer une malédiction. C’était trop cool, hyper beau, drôle, mais aussi tendre, et comme d’hab avec les bons trucs qui touchent à l’horreur : beaucoup plus profond qu’on l’imagine.
J’ai vu Jim Queen (réalisé par Nicolas Athané et Marco Nguyen), un film d’animation qui lance deux gays parisiens à la recherche du remède contre l’hétérose, un remède qui… rend hétéro. J’ai beaucoup rigolé, j’ai trouvé le doublage hyyyper bon1. Mais j’ai été gênée par quelques aspects, notamment la représentation des chemsexeurs, et par la fin. C’est un peu hmpf de critiquer un film qui est clairement un ovni au vu du paysage politique actuel en France, mais bon.
J’ai regardé Juliet, Naked (réalisé par Jesse Peretz). C’est un film de 2018 avec Ethan Hawke, Rose Byrne et Chris O’Dowd, dont je n’avais jamais entendu parler avant de lire la FAQ du site de Alicia Thompson. (Vous comprendrez pourquoi je la trouve trop drôle.) C’était assez charmant, et j’ai fait attention à des trucs qui me passent au-dessus d’ordinaire, mais c’est un peu surfacier quand même genre… ça m’a laissée avec pas mal de questions pratico-pratiques, et pourtant vous savez que je suis pas difficile en histoires d’amour.
J’ai regardé Before Midgnight (réalisé par Richard Linklater), parce que c’était le dernier de la trilogie des Before que je n’avais pas vu, et parce que voir Ethan Hawke me fait désormais toujours penser à la trilogie des Before, à laquelle je pensais de toute façon grâce à In Every Possible Way. C’était toujours un miracle de voir un film où deux personnes parlent, point, et que ça marche. Dans une critique sur Letterboxd, le réalisateur Mike Flanagan (que j’adore aussi…) dit :
Ethan Hawke has said that BEFORE SUNRISE is about « what might be, » BEFORE SUNSET is about « what should be », and BEFORE MIDNIGHT is about « what is. »
Et c’est peut-être un peu trop déchirant. Délire de voir un film sur le mariage entre un homme et une femme qui ont des enfants, des vies, un passé, une histoire, des projets pour le futur, mais absolument rien à voir avec moi, ma vie, mon mariage, et de m’être dit tout du long : « ah oui, c’est vraiment exactement ça ». Et ce n’était pas péjoratif ou quoi : c’est exactement ça. Dans le un peu moche comme dans le très beau.
J’ai vu un spectacle lors du festival lillois de spectacle vivant Latitudes Contemporaines. C’était Exhibit A de Sihame Haddioui, une performance où la comédienne est assise et écrit une histoire, son histoire, sur son ordinateur dont l’écran est projeté derrière elle. Elle raconte le rapport que sa famille entretient au corps. C’est silencieux et très fort, drôle et terrible, extrêmement touchant, j’ai été bouleversée.
Il y a eu deux chansons françaises dans ma rotation de juin qui m’ont particulièrement émue :
J’ai écouté en boucle À toi de Joe Dassin (! je sais…). Très touchée par « à ton passé, à tes secrets, à tes anciens princes charmants » : je sais pas, c’est rare (surtout à l’époque ?) qu’un homme salue que la femme qu’il aime peut avoir eu une vie avant lui, célèbre ce passé, qui l’a rendue telle qu’elle est aujourd’hui. J’aime bien le possessif, jusque dans « tes anciens princes charmants » : c’est cette femme qui a possédé d’anciens amants, elle n’a pas été possédée par d’autres hommes, et ça place le narrateur de cette histoire en situation d’être lui aussi le possédé, celui qui appartient à une femme, et pas forcément l’inverse.
J’ai aussi écouté en boucle Le grand amour de Albin de la Simone. Pareil, quelques mots : « elle était belle, j’étais beau », avec une rythmique qui m’a laissé entendre qu’il était beau parce qu’elle était belle, évidemment qu’il est beau puisqu’il est avec elle et qu’elle, elle est belle. (Elle était belle parce qu’il l’aimait même s’ils ne parlaient pas d’amour, « l’amour, c’est quoi ? ».) Encore une fois je réfléchis trop, c’est rare un homme qui considère son propre corps, sa propre apparence physique. Les hommes n’ont pas besoin d’être beaux. Mais là, ça compte.
Je réfléchis trop mais ce sont deux chansons où je me suis dit : je comprends pourquoi des gens écrivent parfois des chansons plutôt que des livres. Les bonnes chansons racontent leur petite histoire d’une manière si efficace et si intime, un roman n’y parviendrait pas.
Le grand amour, ça n’existe pas.
🎧 J’ai écrit cet article dans le silence d’un soir qui tombe, mais j’ai fait une nouvelle playlist de running et elle est vraiment impeccable, je vous la conseille.
- Dans le podcast Anaïs se fait des films, on apprend que les voix ont été enregistrées avant que l’animation ne soit réalisée, et ça se voit : c’est hyper naturel, vraiment très très cool. Les acteur·ices sont bluffant·es, mention spéciale à Shirley Souagnon. ↩︎

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