
« Jane psalmodia les vers qu’elle connaissait par cœur, mêlant son souffle à celui de la nuit, déroula le poème strophe après strophe, comme on se déshabille pour son amour qui attend, languissant tout près, peu à peu, pas à pas. »
Première incursion dans l’œuvre pourtant riche de Marie Pavlenko. Quelques uns de ses livres précédents m’ont été plusieurs fois recommandés, mais c’est attirée par cette couverture enflammée que j’ai arrêté mon choix de lecture.
C’est l’histoire de Jane, dans un futur assez proche pour que, lu en parallèle de mes réseaux sociaux qui « se préparent à Bardella 2027 », j’aie rapidement des palpitations. Elle va au lycée Jean-Marie-Le-Pen, où les flics fouillent les sacs à l’entrée tous les matins. C’est la rentrée, il fait chaud, il n’y a plus d’arbres ni d’oiseaux, et Jane peine à trouver le sens d’une telle existence.
À ceci près qu’il y a un nouveau, Roman, et que son arrivée va tout changer.
Je n’arrête pas de repenser à ce bouquin depuis que je l’ai fini. Au premier chapitre, si déroutant, lu dans le métro juste après la première vague de chaleur de l’année (…), aux suivants qui m’ont happée – j’ai fini ma lecture en quelques jours. La canicule, presque constante dans ce futur presque-demain, est si bien décrite qu’une fois, où je lisais dans un bar assez frais, j’ai été surprise de constater en interrompant ma lecture qu’il ne faisait pas chaud à l’endroit où je lisais, alors que je ressentais le besoin de m’éventer toutes les 2 minutes.
J’ai aimé : l’amitié féminine qui ne va pas où il aurait été trop facile d’aller, l’histoire d’amour qui a apporté la tendresse nécessaire, non seulement au récit difficile, mais aussi à certains personnages, sans en faire des caisses. La présence (ou l’absence) des adultes dans l’équation, les relations familiales complexes, la résistance. Même les interludes, dont le premier chapitre n’était qu’un avant-goût, et qui apporte une dimension presque fantastique à l’histoire.
J’ai été un peu moins conquise par les dialogues. C’est difficile de faire parler des ados d’une manière qui ne soit ni ringarde ni trop marquée dans l’hier immédiat, ce qui rendrait la langue du livre obsolète en six mois. Je suis bien placée pour savoir que c’est un exercice très délicat, je ne dis pas que je ferais mieux, mais je n’ai pas trouvé que c’était là que le style brillait le plus. (C’était, à choisir, dans les accumulations d’images très vivaces pour traduire des ressentis.)
Je trouve la littérature pour les ados et jeunes adultes assez magique. Elle parvient à aborder des sujets angoissants et déprimants (pas de mention inutile) sans jamais abandonner son lectorat au cynisme et au désespoir. Pour paraphraser Coline Pierré dans Éloge des fins heureuses (Daronnes, 2023) : la littérature jeunesse a cette exigence morale dont la littérature pour les adultes ferait bien de s’inspirer plus souvent.
Alors Hâte-toi quand la nuit vient finit bien, mais difficile de ne pas ressentir quand même une (grosse) pointe d’anxiété et de culpabilité. Je suis trop jeune pour être les adultes fautifs, lâches et fourbus du livre, trop vieille pour être la mèche dans le cocktail Molotov de la révolution, qu’est-ce qui me reste ?
Dans une vibe similaire de fin du monde avec une note d’espoir, je recommande :
- Lorsque le dernier arbre, de Michael Christie (trad. Sarah Gurcel), Le Livre de poche, 2023.
- Station Eleven, de Emily St. John Mandel (trad. Gérard de Chergé), Rivages poche, 2018.
(non je n’arrêterai jamais de recommander Station Eleven.)
Hâte-toi quand la nuit vient, de Marie Pavlenko. Flammarion Jeunesse. 2026.

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