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Change of Plans, de Sarah Dessen

« ‘Then again,’ I countered, ‘if you’re coming from a two-year tornado, you have no idea how to. Start, I mean.’
‘Might be easier than you think’, he replied.
There it was again. A little pulse, possibility. »

Deux livres pour les ados à la suite ? Qu’est-ce qui m’arrive ? Rien de spécial. Dans une de ses dernières newsletters payantes, Alicia Thompson récapitule un des premiers ouvrages de Sarah Dessen, qui était jusqu’alors inconnue à mon bataillon. Je me dis que si Alicia Thompson aime Sarah Dessen, je devrais y jeter un œil, d’autant que je vois que son tout dernier roman après une longue pause éditoriale est traduit chez La doux, une maison dont j’aime le travail. Alors j’y vais.

(Je l’ai lu en anglais, car je suis ainsi.)

C’est l’histoire de Finley, qui vient de finir le lycée et pour qui l’avenir semble tracé : passer quelques semaines à New-York avec sa mère distante qui l’a laissée à la charge de son père dès ses 4 ans (rings a particular bell), puis entrer à la même université que son copain Colin. Seulement patatras, finalement sa mère l’emmène à Bumfuck, Nowhere1 où elle découvre, pêle-mêle : une maison de famille à vendre, des tantes qu’elle n’avait vues qu’une fois ou deux, un diner qui fait les meilleurs breakfast sandwiches de la région, et d’autres jeunes gens d’à peu près son âge.

J’ai été particulièrement marquée par ce roman, que j’ai pourtant commencé sur mon téléphone en endormant ma fille2, et qui a fini par m’habiter à toute heure du jour et de la nuit, le temps de la lecture et un peu après.

Un truc qui a tendance à m’agacer dans les romances YA que je lis, c’est cette propagande pro-couple (hétéro, souvent, mais pas que), comme si c’était le big truc le plus important du monde. Alors, je sais que l’amour romantique peut prendre beaucoup de place dans la vie des jeunes gens, mais c’est quand même assez rare qu’on finisse une vie heureuse avec son amour de jeunesse3, et autant ces histoires peuvent être fondatrices, autant ça m’énerve quand la narration nous laisse entendre un happy ever after qui, à mon sens, enferme l’imaginaire. Bref.

Tout ça pour dire qu’on n’est pas du tout là-dessus ici, bien au contraire. Il y a bien une histoire d’amour romantique, mais elle est traitée avec une délicatesse précieuse (dont témoigne à mon sens l’extrait que j’ai choisi en début de post). C’est globalement le mot qui me vient en tête pour qualifier ce roman : il est délicat. Il traite des dynamiques familiales, des chemins qu’on pense tout tracés, de l’amitié bien sûr.

Il traite aussi (surtout) de l’impact du numérique sur nos relations – comment être tout le temps disponible, voire localisable, peut finalement nous déposséder de l’ici et du maintenant. Empêcher des conversations, dérailler des trains de pensée, nous déconnecter des gens qui sont là, dans la vie physique. Ça pourrait être fait grossièrement, de manière condescendante, moralisatrice (« ah les jeunes tout le temps sur TokTok »), mais pas du tout. C’est mené avec la finesse d’une grande sœur perspicace et bienveillante (et pas comme une daronne reloue).

C’était un joli roman d’apprentissage, qui n’a pas donné beaucoup de réponses, me laissant avec un sentiment un peu flottant, un peu rêveur, pas très éloigné du souvenir que j’ai d’avoir eu 18 ans.


Change of Plans, de Sarah Dessen (trad. Eve Vila). La Doux. 2026.


  1. J’aime trop cette expression… ils sont trop forts les Américains des fois… ↩︎
  2. D’habitude je réserve des bouquins de facture disons… aléatoire, pour ce moment où je ne suis pas 100% à ce que je fais. ↩︎
  3. Et je parle depuis mon point de vue d’exception qui, pour l’instant, confirme la règle. ↩︎

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