Hier j’avais la migraine, alors je me suis dit « je vais juste écrire ma newsletter, pas grave, je me bloque demain pour me concentrer sur mon manuscrit ». Quelques heures plus tard, chez l’orthoptiste, elle me demande si je travaille les jours fériés et les weekends, je réponds que si ma fille n’a pas école, je ne travaille pas. Et ça ne clique pas tout de suite. Ce n’est qu’en sortant du cabinet que je réalise que je me suis bloqué une journée pour avancer sur mon manuscrit alors que c’est férié, et que j’ai une petite fille de 3 ans ½ qui, dès que je suis dans mon bureau trop longtemps, vient me chercher pour m’en tirer.
Au dîner, j’ai raconté mon erreur à mon mari en rigolant, « haha, je suis vraiment trop bête. » Ce matin (j’ai hyper bien dormi, c’était super), après le petit-déjeuner, il a habillé l’enfançon et l’a emmenée vadrouiller. Je me suis mise à mon bureau, j’ai écrit pendant deux heures sans interruption, une scène difficile. Je vois un peu plus clairement le bout du tunnel. J’ai déjeuné de restes dans le frigo, j’ai bouquiné une petite heure, et maintenant je suis de retour au bureau, à écrire cet article.
Je ne m’en rends quasiment jamais compte parce que je n’ai jamais connu que cette relation-là. Mais régulièrement il y a ces moments où je suis à la bourre, ou stressée, et où je réalise que derrière l’écrivaine que je suis – c’est-à-dire une femme en couple avec un homme avec un enfant en bas-âge, qui écrit et publie des livres pour activité principale –, il y a toujours mon mari.
Je refuse par principe d’écrire le soir, la nuit, les week-ends. Je suis trop fatiguée, trop fainéante aussi. Le travail que j’ai doit tenir dans l’espace des jours ouvrés, des horaires de bureau. Mais il arrive que je dérape, que je sois malade, que je me trompe, c’est toujours un peu de ma faute quand je ne tiens pas mes deadlines. Je pourrais me rattraper la nuit. C’est très « écrivain·e », ça, de travailler la nuit. Mais je n’ai pas besoin de le faire. Parce que quand je suis en retard ou sur-stimulée (je pense que ça se nourrit l’un l’autre, j’ai ce truc où je suis stressée de mon retard et où j’arrive à saturation de mes obligations de daronne, preuve que c’est bientôt l’heure de mon congé semestriel), mon +1 aménage spontanément des espaces-temps où je peux être tranquille.
Dans ces moments-là, je la perçois, ma chance fondamentale. De vivre avec un homme qui ne considère jamais mon travail comme un hobby (je travaille à la maison mais je ne fais aucune tâche ménagère pendant les horaires de bureau, jamais), qui ne me reproche jamais mes déplacements (même quand je m’organise 5 jours de résidence pour avancer sur un projet loin de la maison, je peux partir du principe qu’il comprend), ne juge jamais mon processus créatif (pas même quand il implique de regarder le plafond pendant deux jours, toujours sans faire aucune tâche ménagère).
C’est une chance parce qu’on pourrait dire que c’est une chose normale dans une relation égalitaire, mais les histoires de femmes écrivaines (beaucoup plus célèbres que moi) qui n’ont pas (eu) ce soutien (que tant et tant d’épouses d’écrivains leur ont donné sans même y réfléchir) sont légion. Des maris d’artistes qui n’ont pas supporté que leurs femmes poursuivent leur ambition, il y en a trop pour tous les citer.
On n’est pas là pour distribuer des cookies, et ça tombe bien, puisqu’il n’en réclame jamais.
Disons juste qu’il n’a pas volé les remerciements que je lui adresse dans chacun de mes livres.
🎧 Heated Rivalry OST

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