Pour créer il faut un terreau fertile, et le meilleur terreau, c’est le compost. J’appelle compost tout ce que j’ai ingéré d’œuvres culturelles ce mois-ci. Je n’en fais qu’un rapport succinct, je garde ce qui m’a transfobouleversée pour la newsletter Premium !
En septembre, j’ai lu
Bungalow d’Antoine Philias, que j’ai recensé ici. J’ai également enchaîné avec Plexiglas (toujours d’Antoine Philias), qui se passe 4 ans plus tôt, dans un centre commercial pendant le Covid, et que j’ai beaucoup aimé aussi. Le style est un peu moins ciselé qu’avec son successeur, mais un peu plus souvent poétique, peut-être. J’aime vraiment l’approche de l’auteur, sur ses sujets et ses personnages. Je serais contente de lire de nouvelles aventures d’Eliott, même si je lui souhaite de trouver l’amour durable, à un moment donné.
Dans la rentrée littéraire, j’ai aussi lu Le Mouvement, de Douce Dibondo, et j’aurais aimé aimer mais je suis restée très en dehors du texte. C’est l’histoire d’une femme noire, militante écolo et décoloniale, qui meurt et de sa jumelle, qui enquête sur le comment du pourquoi. Sur le papier, ça avait tout pour me plaire et cette distance que je n’ai pas réussi à réduire m’a fait pas mal me questionner sur mes goûts, évidemment situés. Globalement, j’ai trouvé que ce roman allait dans tous les sens dans l’intrigue, et je n’ai pas été sensible à la proposition formelle.
Le fait que mes coups de cœur de la rentrée littéraire aillent à des romans qui ressemblent à des romans, écrits par des gens qui me ressemblent : un réel sujet, qui me fait beaucoup réfléchir depuis quelques semaines.
J’ai lu Il n’a jamais été trop tard, de Lola Lafon, une collection de textes qui sont d’abord parus dans Libération (si je ne m’abuse) entre 2023 et 2024, entrecoupés de textes écrits pour tout lier. Je suis une très grande fan de Lola Lafon, j’ai aimé retrouver sa plume poignante, si belle, qui manie la figure de style non pas pour fleurir inutilement, mais pour parvenir à décrire précisément le réel. Mais, comme pour les recueils de dessins de presse qui peuvent être difficiles à apprécier longtemps après les événements qu’ils croquent, ce sont des écrits très situés dans le temps. Ils n’ont pas « mal vieilli » mais ils font appel à des immédiatetés qui étaient loin de moi au moment de ma lecture (c’est ma faute, j’aurais dû lire ce livre plus tôt, peut-être, je l’ai depuis longtemps). Ce que j’ai trouvé assez paradoxal, d’ailleurs, car j’ai le souvenir précis d’entendre Lola Lafon dire que l’écrit, et la fiction notamment, permettent le temps long, ne sont pas dans la réaction face à l’actualité. Et là, bon, ben c’est un peu le cas, même si c’est fait intelligemment. Bref, pas mon format de prédilection là non plus – d’ailleurs mes textes préférés sont dans les interstices, ceux rédigés a posteriori, pour faire livre. Toujours agréable de lire Lola Lafon, quand même.
Au cinéma, j’ai vu Rose, réalisé par Markus Schleinzer, avec Sandra Hüller que j’ai tant aimée dans Anatomie d’une chute et dans Project Hail Mary. C’est un film germano-autrichien en noir et blanc, autant dire que si mon père ne m’avait pas proposé de le voir, je n’aurais même jamais su qu’il existait. Et je suis très contente d’y être allée ! Ça se passe au XVIIème siècle, et Rose, une femme soldate qui se fait passer pour un homme, arrive dans un village très religieux pour y réclamer un héritage sous la forme d’une ferme et d’un terrain. C’était une manière très déplaçante de parler de genre, d’attentes de la société, bref, contente d’être sortie de ma zone de confort un dimanche matin pluvieux avec un méga rhume : ça valait le coup.
J’ai regardé la première saison de Widow’s Bay, créée par Katie Dippold, parce que tout le monde disait que c’était incroyable. Bon, c’était peut-être trop d’attentes. C’est l’histoire du maire d’une petite ville sur une île, qui essaye d’y faire venir des touristes pour la redynamiser, alors que tous les habitants sont là : « mec, c’est maudit ce bled ». Maudit comme dans maudit, avec des trucs bizarres et de plus en plus flippants qui se passent. J’ai bien aimé ! Mais je n’ai pas trouvé ça dingue non plus ? J’y ai trouvé pas mal de longueurs, des artifices aussi (finir chaque épisode avec un cliff-hanger : un peu facile). C’était sympa, mais bon voilà, calmos.
J’ai écouté pas mal de podcasts aussi,
D’abord j’ai enfin jeté une oreille à celui de ma copine Fanny, qui s’appelle Parle à ta muse. Elle y parle de créativité, en différents formats : des marches créatives, des récaps de ses lectures… Fanny c’est le sang de ma veine, moi globalement j’ai l’impression d’écouter le genre de vocaux qu’elle me laisse tous les jours, donc c’est un régal. Mais même sans que ce soit votre pote, elle est à la fois trop marrante et trop pertinente. J’adore.
J’ai écouté l’épisode de FAIRE, le podcast de Nathalie Sejean, où Nathalie répond aux questions de Marion Pillas sur le faisage de sa maison d’édition, La Fourmi. Encore une fois, l’impression d’entendre mes amies discuter dans la pièce pendant que je plie mon linge, mais objectivement hyper intéressant pour en savoir plus sur une des meilleures maisons d’édition de France. (objectivement.)
J’ai aussi bien aimé cet épisode de Search Engine, Bollywood Dreams : il commence comme une enquête sur ce qui a tout l’air d’être un scam. Aux États-Unis, un Indien retraité annonce à sa famille qu’il a écrit un film et qu’il envoie des grosses sommes d’argent à un type, en Inde, pour qu’il le réalise. Et ça va bien plus loin que ça, c’était très humain, très touchant.
🎧 J’écoute Eldorado, le dernier album de Girls In Hawaii, que je vois en concert en novembre. J’aime !

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