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Bungalow, de Antoine Philias

Salut dit timidement un brun joli.
Salut répond Elliot en ratant un sourire. Joli, c’est son avis, soyons plus objectifs, décrivons le jeune saisonnier comme sec et petit, cheveux et oreille bouclés. On l’a déjà aperçu sortir les poubelles de L’Atlantique, la brasserie voisine. Surprenant régulièrement Elliot à lorgner sur des minets de ce genre, Kévin l’avait prévenu que, de nos jours, une boucle d’oreille ne signalait pas forcément un pédé.

Quelle ne fut pas ma propre stupeur quand je me suis retrouvée à commander un roman écrit par un mec blanc cis, lors de mes achats de rentrée littéraire. Il faut dire qu’il m’a été recommandé sur Bluesky par Alice Zeniter, sinon jamais il n’aurait passé le seuil du panier en ligne.

Pour que je décide de vous en parler, il fallait donc que ça en vaille le coup, et en parfaite misandre reloue, j’ai passé un tiers (délicieux) du roman à geindre : horreur, malheur, je lis un truc écrit par un mec et j’aime bien. Scandale : j’adore.

Bungalow, c’est l’histoire de deux mois d’été dans une station balnéaire vendéenne. À raison d’un (très court) chapitre par jour, on retrouve surtout deux personnages qui se tournent autour (c’est une romance !) : Eliott, le trentenaire à la dérive qui sort d’une relation longue et qui bosse au tabac sur le front de mer, et Sacha, un peu plus jeune, serveur au restaurant d’en face. Les deux mecs se draguent puis se rapprochent, entourés de leurs collègues, patrons, clients, colocs, famille, etc.

Je me suis tant amusée avec ce roman, lu entre chez moi et Nantes, que j’ai ri tout haut plusieurs fois, je me suis exclamée « mais nooon, roh… » comme si j’étais devant un épisode de série. C’est qu’il y a un côté un peu sitcom, oui, dans le genre mockumentary, avec une narration très piquante, qui sait tout et qui commente tout, depuis le prix de tous les produits transformés qu’Eliott achète pour se sustenter jusqu’à l’influence de la famille De Villiers dans la région.

C’est un livre extrêmement ancré dans le réel, ça se déroule en 2024 et ça parle des JO, des législatives, des vraies choses de la vraie vie, d’une manière qui aurait pu me déranger mais qui m’a au contraire complètement embarquée. J’avais l’impression d’être là, avec ces gens, sûrement parce que je suis à peu près du même bord politique que le narrateur hein, je pense, et donc je me sentais faire partie de ce monde par ce prisme.

Si Bungalow marche aussi bien, c’est parce que cette même narration piquante, qui va pointer du doigt frontalement ce qui est moche chez ses personnages, a de la tendresse, oui, pour celleux qui le méritent. Les défauts d’Eliott, Sacha, Romane ou Inès (quatre saisonniers et, incidemment, quatre personnages pas hétéros) ne seront pas gommés, mais on ressentira pour elleux (et pour d’autres) beaucoup d’affection : leurs défauts sont humains, miroirs des nôtres. De personnages plus néfastes, on rira de leur mesquinerie, de leurs mésaventures, et on sera ravi de les voir perdre la face – et tout cela fait avec ce que j’ai perçu comme une certaine finesse. Une légèreté qui évite l’écueil de la moralisation, du prêchi-prêcha.

C’est le roman d’un été, il est doux et amer, sent l’asphalte chaud et l’iode, a la texture du sable qu’on retrouve dans tous les recoins, des bouts de coquillages cassés. Je l’ai beaucoup aimé, j’y ai trouvé un réconfort inattendu, et je me suis précipitée en rentrant sur Plexiglas, second roman du même auteur, dans lequel on retrouve Eliott, quatre ans plus tôt donc, en plein Covid, errant déjà mais cette fois dans une ZAC en bordure de Cholet (autant dire : au milieu de nulle part). Je suis en train de le lire, et je vais finir cet article pour aller le retrouver.

C’était le dernier livre de ma sélection de rentrée littéraire, je pense que je vous parlerai peut-être du Livre des souterrains, mais j’attends d’avoir écouté l’autrice en parler à l’Affranchie, à la fin du mois.


Bungalow, de Antoine Philias. Asphalte, 2026.


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