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be gay, do drugs, hail satan

Je ne sais pas si c’était la dernière rencontre pour Bi·es à laquelle j’aurai l’occasion de participer, les livres ont des demi-vies imprévisibles. Mais la semaine dernière j’étais à Nantes, invitée par la librairie queer Les Vagues pour parler de l’ouvrage collectif avec Camille Regache. Troisième rencontre autour du livre, pour moi, il y en a eu beaucoup d’autres et c’est chouette que le collectif forme des petits groupes ou binômes pour pouvoir couvrir un maximum de territoire.

Trois rencontres pour moi, et à chaque fois un trac immense. Ça fait six ans que je parle de mes livres devant des publics relativement acquis de base, personne ou presque ne vient en librairie pour dire à l’auteurice d’un livre « je trouve que ce que vous faites c’est de la merde et je vous crache au visage ». De fait, je suis rompue à l’exercice et je n’ai quasiment plus jamais le trac de parler de mes livres, sauf peut-être la toute toute première rencontre à la sortie, quand je crains d’avoir tout oublié de mes propres motivations (et en fait non, jamais).

Pour Bi·es pourtant, la boule au ventre. Pas d’un public hostile, non, ni de ne rien dire d’intéressant. La boule au ventre de me rendre visible et vulnérable. Dans Bi·es j’ai choisi de parler depuis un endroit de joie, et chaque fois que j’en parle c’est le rappel que j’aurais pu aussi parler depuis un endroit de souffrance, de honte, de rejet. Que j’ai, bien sûr, cette histoire en moi.

D’expérience, on n’écrit jamais rien de bien si on ne se rend pas vulnérable en le faisant. Même dans la fiction la moins reliée au réel de la vie de son auteurice, même dans un essai sur la conservation du chou-fleur, il faut glisser quelque chose de vivant, de fragile et de palpitant, pour que ça clique quelque part. Pour que ça vaille la peine d’être acheté, lu, aimé, discuté, partagé.

Je l’ai fait dans tous mes livres, mais la qualité (par là : l’identité, l’ADN) de cette pépite monstrueuse change à chaque fois, bien sûr. C’est plus facile quand la fiction recouvre tout, moi je sais où j’ai mis de moi pour que la mécanique de la fiction fonctionne, mais ce n’est pas comme livrer mon cœur nu sur un plateau. Avec la non-fiction que j’écris, je ne me cache pas du tout, et c’est là que se loge le trac.

Avec Bi·es je ne peux que me montrer sans fard (les bisexuel·les de France et de Navarre qui viennent à ma rencontre ne méritent rien de moins), et si j’ai écrit – délibérément, soigneusement – d’un endroit de joie, inévitablement le revers de la médaille n’est jamais bien loin. La joie, il faut la travailler, la malaxer, l’ériger, depuis quoi ? Depuis la boue. C’est le propre de l’existence queer.

Dans Bi·es j’ai mis ce qu’il y a, encore aujourd’hui, de plus fragile en moi. Avoir l’occasion d’en parler avec ma bouche, mon corps, mes yeux, à des personnes qui réagissent avec leurs bouches, leurs corps, leurs yeux, ouvre un autre horizon. Être vue : nécessaire pour être en vie, ne peut se faire sans en trembler.

Le titre de l’article est une chanson de Super Cassette.


Commentaires

Une réponse à « be gay, do drugs, hail satan »

  1. Je viens de Nantes mais actuellement en dehors de la France, je suis bien triste de t’avoir ratée ! En plus la librairie Les Vagues est un de mes endroits favoris de Nantes, je suis très contente qu’iels vous aient invité pour parler de nos sexualités bi 🙂 Merci pour la vulnéraBilité et la visiBilité.

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