une pensée cuite en 12 minutes et postée le 5 juin
J’étais en train de discuter du nombre de gens qui lisent des livres vs. le nombre de gens qui ont déjà écrit des livres, avec un copain, et pour lui prouver que l’idée reçue « les gens lisent moins » n’est pas une rhétorique d’extrême-droite, je suis allée rechercher le rapport du CNL Les Français et la lecture de 2025.
On discutait des items étudiés, quantité de livres, genres lus, pourquoi les gens lisent, bla bla et j’en suis venue à une conclusion (à moitié cuite, hein) :
Ça m’intéresse assez peu de savoir combien de livres par an lisent les Français·es (le CNL en retard de 10 ans sur l’écriture inclusive). Ce qui m’intéresse c’est de savoir comment iels investissent leur imagination.
Mon ami argumentait que lire un très long article très fouillé, ou des mooks (magazine + book, un gros magazine quoi), ou écouter certains podcasts, ça pourrait être considéré comme de la lecture en terme de connaissances engrangées. Sur ce point, je le rejoins : une personne qui lit beaucoup de long reads, beaucoup de revues, est quelqu’un qui lit beaucoup, point. Mais est-ce quelqu’un qui investit son imagination ?
Pour moi c’est presque un non-sens de mettre la lecture de non-fiction et de fiction au même plan. Je ne lis pas de la fiction pour engranger des connaissances ou pour améliorer ma vie (je pense aux livres pratiques qui sont très plébiscités dans le public de lecteurices du panel de l’étude).
Et de ce fait, je pense que c’est plus important de savoir à quel point les gens ont accès à leur imagination et la travaillent, peu importe le média, que de savoir si les gens lisent beaucoup. Ce prisme découle d’une sacralisation du livre comme LA source de culture ultime. Mais justement, la culture c’est pas le seul truc important dans la lecture.
Il y a plein d’autres manières d’être en conversation avec son imagination, et si les gens préfèrent jouer à des jeux vidéos ou regarder des films ou des séries, je ne trouve pas ça moins qualitatif en soi que la lecture. (Il y a autant d’excellentes séries que d’excellents livres, et il y a énormément de mauvais livres – j’en lis, hein, je sais de quoi je parle.)
Je suis en revanche persuadée qu’en n’ingérant que du factuel (analytique, historique, sociologique, pratique, témoignage, etc.), on se coupe d’un truc hyper important. Les émotions, oui, bien sûr, fondamental. Mais aussi quelque chose de l’ordre de la translation intime. La fiction, cet endroit où on sait que c’est pour du faux mais qu’on y va comme si c’était du vrai, c’est-à-dire l’endroit où l’imagination déploie toutes ses capacités, c’est l’endroit de la métamorphose.
Alors, à quand une étude sur les pratiques de la fiction ?

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