Compost de mai

Pour créer il faut un terreau fertile, et le meilleur terreau, c’est le compost. J’appelle compost tout ce que j’ai ingéré d’œuvres culturelles ce mois-ci. Je n’en fais qu’un rapport succinct, je garde ce qui m’a transfobouleversée pour la newsletter Premium !

En mai j’ai lu des livres

J’ai lu Love Stories de Christine Van Geen, un essai sur la romance par une amatrice de romance, une première ! Loin des discours surplombants qui émanent souvent de personnes qui se pensent plus intelligentes que le genre, voilà un ouvrage qui prend son sujet au sérieux et l’examine avec le cœur. J’ai particulièrement aimé le chapitre sur la fameuse dark romance qui rend tout le monde zinz. Christine Van Geen argumente que les femmes qui s’absorbent dans la romance se rendent indisponibles au monde, et cela m’a beaucoup plu. Je recommande.

J’ai lu Après le monde de Antoinette Rychner, un roman qui avait beaucoup marqué mon amie Nathalie il y a quatre ans et sur lequel j’ai mis la main récemment. J’ai compris pourquoi il l’avait marquée (un bel argument sur la nécessité de l’oralité), mais j’ai eu le cœur vraiment déchiré. C’est un post-apo sans espoir, dont le style par ailleurs n’était pas assez ciselé pour me permettre de passer outre la noirceur. En le refermant, j’ai pensé « Station Eleven en moins bien« , donc je vous recommande plutôt Station Eleven. (de Emily St. John, en poche chez Babel)

J’ai lu Fates and Furies de Lauren Groff, et il faudrait que je prenne le temps d’écrire un post entier ou une newsletter sur ce roman. Avant ça, je vais donc en dire le moins possible mais avec le plus d’enthousiasme possible. Je n’avais jamais rien lu de tel, et c’est le premier roman à m’embarquer de la sorte depuis peut-être huit mois. Un délice, un chef-d’œuvre.

J’ai lu des articles

Notamment Cis Men Get To Do Sex Work. Ça fait des mois, ça a commencé avec Andrew Scott, que je suis interloquée par ces acteurs bankables qui enregistrent du porno audio (pour l’app Quinn notamment) (« audio erotica » hmhm, appelez ça comme vous voulez). Je me dis : c’est fou, c’est littéralement du porno ?! Est-ce qu’on voit des actrices bankables faire ça ?! L’article parle donc de ça et j’étais trop contente de trouver enfin un article qui s’interrogeait comme moi. Ça m’a plongé dans une abîme de réflexion sur le caractère parasocial de ce type de contenu très spécifique, j’y repense très souvent. (Je précise que je n’ai rien contre le porno quand il est éthique, ni contre le travail du sexe en général.)

Et puis The Revolution Will Not Be In The Bookstore, un article qui au départ m’a plongée dans la grosse dép’ par sa grande véracité – c’est très illusoire d’imaginer qu’un livre, ou qu’une liste de livres, va démarrer la révolution. Mais la fin a réconcilié mon cœur, et je reste fondamentalement d’accord avec tout ce qui se dit dans ces lignes.

J’ai vu des films

J’ai vu Die My Love, réalisé par Lynne Ramsey d’après un roman écrit par Ariana Harwicz. J’avais essayé de lire le bouquin et j’avais trouvé le style trop imperméable pour m’embarquer. Le film a réussi sans peine, lui, et j’ai été fascinée. Comme avec The Lost Daughter le mois dernier, je me suis sentie vu à pas mal d’endroits dans cette histoire de maternité J’ai vu un critique (masculin important) que j’aime bien dire sur Letterboxd « c’est tellement plus qu’une histoire de dépression post-partum », et ça m’a fait sourire. Non, mon pote, c’est très exactement et uniquement ça, et si ça t’étonne que ce soit malgré tout complexe et viscéral, c’est que tu n’as jamais parlé de post-partum avec une femme. J’ai aussi lu que la performance de Jennifer Lawrence était presque over the top, et je dois être pas mal une drama queen moi-même parce que moi, je l’ai trouvée tout simplement… très juste. Je recommande aussi.

J’ai vu Les Aristochats (réalisé par Wolfgang Reitherman) et La Reine des Neiges (coréalisé par Chris Buck et Jennifer Lee) avec ma fille. J’adore le premier et j’avais un souvenir négatif du second, et j’ai passé un très bon moment à chaque fois avec elle qui les voyait pour la première fois. Le dessin des Aristochats est complètement dingue, l’animation de La Reine des Neiges aussi d’ailleurs. Je trouve toujours que le personnage de Hans est hyper mal écrit (il devient méchant d’un seul coup, sans aucun signe avant-coureur : quelle trahison pour le spectateur), mais je suis enfin assez mature pour reconnaître que oui, cette histoire peut faire du bien aux petites filles.

J’ai écouté un documentaire audio

C’est le magnifique Trouver Serguei d’Aliénor Carrière, qui a passé dix ans à chercher le garçon ukrainien avec qui elle a passé toutes ses vacances pendant son enfance. Je l’ai écouté en faisant mes courses et si vous avez croisé une meuf qui pleurait au rayon salade d’un supermarché lillois avec son casque sur les épaules : c’était moi. Un immense coup de cœur

J’ai cuisiné

Vague de chaleur oblige, c’était le retour de ma salade de pâtes préférée. J’ai aussi testé pour la première fois cette recette de sauce tomate crue, et c’était vraiment chouette.

🎧 J’ai écrit cet article en écoutant l’album Fields de Junip en vinyle ! Sur ma platine ! J’ai de nouveau une platine ! Et sinon, voici ma playlist de juin.


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