Pardonner à nos mères, de Claire Richard

« Ce n’est pas étonnant qu’une femme, devenue mère dans une société qui lui vend le fantasme de la « bonne mère » idéale tout en déconsidérant le travail réel de la parentalité, sans parler de son incompatibilité avec les structures générales de la société, de l’organisation du travail à celle de l’espace public… qu’une telle mère, donc, répercute sa frustration sur ses enfants ou soit inapte à s’occuper d’elles et eux. »

Quand j’ai reçu ce livre (envoyé en service presse par la maison d’édition), je me suis empressée d’envoyer une photo de sa couverture à une de mes plus proches amies, laquelle a répondu du tac-au-tac : « Plutôt crever. » C’est bien identifié par l’autrice : il y a probablement plus de femmes qui ont une relation compliquée avec leur mère que l’inverse. Je fais partie du lot, ravie pour une fois de ressembler à tout le monde, et ravie aussi de dépasser l’inepte interprétation freudienne de cette problématique relationnelle.

Ça a été une expérience de lire cet ouvrage, en étant pile à l’intersection du diagramme de Venn des cibles potentielles : fille d’une mère, mère d’une fille, j’ai déjà réglé plein de trucs mais chaque nouvelle étape en ramène d’autres sur le tapis (et j’en ai parlé dans ma participation à l’ouvrage De mères en filles, dont d’autres textes sont d’ailleurs cités dans Pardonner à nos mères). J’allais dire « ça a été compliqué de lire cet ouvrage », mais pas du tout ; c’est une lecture rapide et limpide. Les thèses de l’autrice sont parsemées de témoignages, qui au final ont été les passages qui m’ont le plus marquée, parce que dans les mots des autres femmes, j’ai trouvé des échos à ce que j’ai pu penser, ou pense encore.

Parmi les découvertes intéressantes, je note le concept de « matrophobie », la peur de ressembler à sa mère, ainsi que le travail d’Adrienne Rich dans l’ouvrage Of Woman Born – paru en français ce mois-ci sous le titre La maternité obligatoire (Hors d’atteinte, 2026), un choix de traduction que je questionne a priori. Je vous dirai peut-être, une fois lu, si je comprends mieux cette décision.

Je pense que c’est un livre qui fera du bien à toutes les personnes dont la relation à leur mère a été abîmée sans qu’iels sachent encore bien par quel morceau commencer (pas forcément pour pardonner, ni réparer, mais pour comprendre). Pour moi, le travail d’analyse de « qu’a fait le patriarcat à ma mère et à notre relation » a été fait il y a longtemps, donc je n’y ai pas trouvé plus de réponses. Juste la confirmation de ce que je pensais, ce qui est somme toute toujours agréable.

« Je me suis rendu compte à ce moment-là que chaque génération a ses propres combats et que celui de ma mère était l’indépendance là où le mien était l’équité. »

(témoignage de Tiphaine)

C’est en effet un baume au cœur ne se sentir ni seule ni totalement responsable d’une relation – dans le sens où la dyade mère-fille n’existe pas dans un vide contextuel, jamais, et j’ai trouvé de la consolation dans ce rappel. En refermant le livre, je me suis dit que malgré tout ce qui a pu se passer, peut encore se passer, se passera sûrement encore, en fait moi, ça y est, d’une certaine manière j’ai pardonné. C’était bien.

Le livre prend garde à rappeler que, malgré son titre, ce n’est pas un but en soi1, et qu’il y a d’autres manières d’arriver à une relation apaisée (doive-t-elle pour cela être inexistante) avec sa mère. Au fond, un petit livre facile à lire, qui permet pendant quelques heures de faire partie du chœur des filles qui ont des problèmes avec leur mère, et de faire un état des lieux de la situation.


Pardonner à nos mères, de Claire Richard. Leduc/Les Renversantes. 2026.


  1. On pourrait parler longuement du problème avec les titres à l’infinitif programmatique (un terme que je viens d’inventer, car le terme « infinitif injonctif » ne me paraissait pas adapté non plus), comme avec Réinventer l’amour ou Résister à la culpabilisation de Mona Chollet (La Découverte, 2021, 2024), voire même (attention, controversé) Résister de Salomé Saqué (Payot 2024) qui annoncent tout un programme sans pour autant, au final, donner tant de pistes et d’outils pour y parvenir. ↩︎


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