Coquilles, de Julia Kerninon

« Je gagne de l’argent en écrivant.
Je dépense cet argent en achetant des livres.
Mes enfants secouent la tête, ils disent
Maman va nous ruiner. Mais dans ce domaine
je suis désolée, il n’y a pas de nous qui tienne. »

Julia Kerninon est de ces autrices qui me foutent un peu le seum – avec respect. Elle semble avoir tout pour elle : un talent fou, un nom qui claque et une frange impeccable.

J’ai plongé dans son œuvre avec Le chaos ne produit pas de chefs-d’œuvre (PUF, 2021), adapté de sa thèse, qui est encore aujourd’hui un de mes essais préférés. Je trouve ses fictions fascinantes : elles me mettent toujours en désaccord sur des points de moralité, un petit « moi, j’aurais pas fait comme ça » (comme tel personnage, rien à voir avec la manière dont c’est raconté), et je suis toujours obligée de checker la petite mère-morale en moi. Ironiquement, depuis que j’ai un enfant, je comprends bien mieux ces personnages de femmes qui se barrent. Mais vous auriez vu l’état dans lequel m’a mise Liv Maria (L’Iconoclaste, 2020) il y a quelques années…

Avec Coquilles, un pas de côté : ni essai ni fiction, c’est un court ouvrage à la poésie déroutante et quotidienne. Ça parle d’écriture, ça parle de la vie. Mais toujours, toujours chez Julia Kerninon, ça parle surtout de la vie d’écriture qu’elle s’est tracée. Et c’est impressionnant, cette certitude, si jeune, ce destin forgé, mot par mot, expérience par expérience. Ça force le respect.

J’ai aimé ce recueil pour les images de BTP, écrire un livre comme on bâtit un monument. Je m’y suis retrouvée, bien sûr, bien sûr que moi aussi à chaque livre je traverse chaque fois la même abîme, cette fois c’est sûr je n’y arriverai pas – moi aussi j’ai un mari qui me dit « tu y arrives toujours ».

« À remettre en question : le temps
et la personne d’énonciation, l’ordre du récit,
l’hypothèse même de faire ce livre, l’hypothèse
de rester en vie si ça n’est pas le cas. »

J’ai refermé ce livre en me disant : c’est un petit miracle, d’avoir dédié sa vie à l’écriture, et de parvenir à ne pas être insupportable en le disant (au contraire de bon nombre des artistes dont elle parle dans Le chaos ne produit pas de chefs-d’œuvre). C’est peut-être ce quotidien qui imprègne tout le livre, c’est peut-être tout l’amour aussi. Pour les livres, pour son mari, pour son éditrice, pour ses enfants.

Il est bon de lire que l’amour, lui, peut produire un tel discours.

De la même autrice, je conseille (en plus de ceux déjà cités plus haut) :

  • Une activité respectable, Éditions du Rouergue, 2017 (sur la vie faite d’écriture)
  • Toucher la terre ferme, L’Iconoclaste, 2022 (sur la maternité et l’écriture)

Coquilles, de Julia Kerninon. Le Castor Astral. 2026.
(un format d’article tout à fait inspiré par ceux de Solveig sur son très cool blog.)


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Commentaires

Une réponse à “Coquilles, de Julia Kerninon”

  1. […] aussi lu et écrit des petites recensions sur Coquilles de Julia Kerninon, Amère de Lucrèce Andreae et Pardonner à nos mères de Claire […]

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