Amère, de Lucrèce Andreae

« Quand Eden dort, je souffre… et quand elle est éveillée… je m’ennuie. Il n’est pas question de la laisser dans un coin, elle a besoin de stimulations, d’interactions sociales pour son épanouissement. Je m’ennuie tous les jours, et plusieurs heures par jour. »

Je ne connaissais pas Lucrèce Andreae, et je n’avais pas particulièrement prévu de lire cette BD. Je trouvais la 4ème de couverture assez rébarbative : « Elle ne le sait pas encore : les enfants sont des plaies, et la maternité irréversible »… je ne vote pas pour l’intégralité de ce programme. Mais plusieurs amies m’ont encouragée à lui laisser sa chance et c’est ma règle d’or : quand plusieurs amies me disent d’y aller, j’y vais – au pire, ça ajouterait forcément à ma réflexion pour mon propre projet sur le sujet.

D’un point de vue pratico-pratique, j’ai trouvé que ce n’était pas toujours très lisible, sur certaines pages le texte est tout petit, certains dessins auraient sûrement mérité de prendre plus de place. Je n’ai pas forcément accroché non plus au style graphique, mais je me rends bien compte maintenant que je lis de plus en plus de BD que je suis assez ignare sur le sujet – et pour le coup, le fond valait largement ma réticence sur la forme.

C’est un livre très courageux. J’y ai retrouvé beaucoup de ce que j’ai traversé, et de ce que j’essaye de dire dans mon essai : les galères d’allaitement, les constellations au plafond de la chambre, le sentiment d’être responsable de tout, absolument tout, ce qui se passe avec cet enfant, et de ne pas aimer ça. Ce sont des choses assez moches, qui sont rarement dites ainsi, c’est-à-dire sans passer ensuite au moins le même temps à se justifier/rassurer le lectorat : mais si promis j’aime quand même mon enfant !

« C’est le week-end !
– Oh non… vivement lundi vivement lundi vivement lundi »

Il en ressort quand même, pour la narratrice « Garance » – avatar à peine déguisé de l’autrice – une immense solitude. Dans le noyau parental, son conjoint est totalement désinvesti. Au-delà : où sont les amies, les parentes, les autres personnes avec qui partager le fardeau qu’est la néo-maternité ? Pas là, apparemment, et ça m’a rendue pas mal triste pour elle. J’ai trouvé très juste la manière dont on devine (ou alors je projette) comment « Garance » participe aussi de cet isolement, en se renfermant sur elle-même. Been there, done that.

C’est un récit qui dénonce les dérives quasi-sectaires du courant de la « parentalité bienveillante », et il est impératif de remettre en question ces discours de pseudo-savant·es qui font appel aux neurosciences pour effrayer les parents (les mères, bien sûr). Mais à la fin, la narratrice semble trouver une autre ligne de conduite totale avec la « discipline bienveillante », et ainsi une autre personne en qui placer intégralement sa confiance. Et je termine ma lecture en regrettant qu’elle n’ait pas trouvé sa propre boussole.

Pour aller plus loin sur le sujet :


Amère, de Lucrèce Andreae. Delcourt/Encrages. 2026.


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