Compost de mars

Pour créer il faut un terreau fertile, et le meilleur terreau, c’est le compost. J’appelle compost tout ce que j’ai ingéré d’œuvres culturelles ce mois-ci. Je n’en fais qu’un rapport succinct, je garde ce qui m’a transfobouleversée pour la newsletter Premium !

En mars j’ai lu

Beaucoup de BD ; je suis dans un tunnel de non-fiction qui est passionnant mais qui me coupe de la fiction. D’ordinaire j’arrive à lire des romans en parallèle des essais, mais en ce moment pas tellement. Alors je suis allée dévaliser le fonds de BD de ma médiathèque locale. Quelques morceaux choisis :

J’ai lu Y a toujours quelqu’un qui pleure de Chien fou – pas du tout emprunté à la médiathèque, celui-là, d’ailleurs. Une lecture qui serre le cœur, mais j’en suis surtout ressortie soufflée par la beauté des dessins de Claire, dont je vois le style évoluer depuis presque 6 ans maintenant. C’est aussi d’une poésie folle dans le texte, un combo que j’ai adoré retrouver après sa première BD Synthétique & Toxique.

J’ai lu Les Pizzlys de Jérémie Moreau. Les couleurs étaient belles, certains aspects m’ont rappelé ce que je suis en train de lire dans Braiding Sweetgrass de Robin Wall Kimmerer, et c’était une lecture agréable, mais je dois avouer que j’en suis ressortie en me demander « c’était quoi la morale ? ». Il y en a une, c’est un récit écologiste sur fond de fonte des glaces, mais je n’ai pas trop compris où voulait en venir l’auteur.

J’ai lu Toutes les princesses meurent après minuit de Quentin Zuittion, et j’ai été très touchée par l’ingéniosité avec laquelle l’auteur entrelace les trois narrations, les trois personnages. Une mère, une fille, un fils, trois histoires d’amour qui se vivent en parallèle et se croisent, enjeux différents, le temps d’une journée de vacances d’été. Je vais vous dire : c’était comme Les sentiments du Prince Charles (de Liv Strömquist) en queer, en fictionnel et… en mieux. (Je vais toujours trouver qu’une fiction qui sait dire la même chose qu’une non-fiction est meilleure, désolée tout le monde.)

J’ai lu Cassandra Darke de Posy Simmonds. De cette autrice très renommée, je ne connais que les travaux adaptés au cinéma (Tamara Drewe que j’ai aimé et Gemma Bovery, que j’ai un peu moins aimé, TW Fabrice Luchini). J’étais curieuse de voir son œuvre dans son format original. Je dois dire que je n’avais jamais lu une « BD » dans ce format : il y a énormément de récit, de texte, en Times New Roman autour de dessins qui ne sont pas toujours des cases. Je me suis dit que si un format devait être nommé « roman graphique », ce serait exactement celui-là, et je ne sais pas si je suis très fan. L’histoire, elle, était rondement menée et les personnages complexes, nuancées et attachantes. Je serais curieuse de mettre la main sur Tamara Drewe et Gemma Bovery un jour.

J’ai relu Résine de Élodie Shanta : en rangeant ma bibliothèque j’ai fini par le remettre en facing d’une étagère, et ça m’a donné envie de le relire. Ma fille s’est invitée dans cette lecture dont j’ai dû édulcorer quelques cases, mais c’était délicieux ! J’avais adoré la première fois, j’adore encore plus maintenant. Je trouve que c’est un récit extrêmement bien orchestré : il mélange l’humour absurde qui fait rire à gorge déployée à l’humour caustique qui lave la colère, il est profondément féministe sans être prétentieux… Pff, j’adore le travail d’Élodie.

Quelques articles :

J’ai lu la version pré-paywall de When you really listen, children will tell you what to do, une newsletter de Aelle. Je n’ai pas tout lu mais j’en ai retenu une leçon qui m’a immédiatement servi : mon enfant ne vit pas pour me contrarier. Si je lui demande quelque chose qu’elle refuse systématiquement, c’est peut-être que je lui en demande trop, au mauvais moment. Les newsletter d’Aelle sur la parentalité m’inspirent beaucoup (même si parfois je me sens vraiment pas au top en tant que parent en les lisant).

J’ai lu Le choix de ne pas faire de 2ème enfant, une newsletter de Quoi de mum ?. Mon choix à moi est arrêté depuis avant la naissance de ma fille, et je ne vacille pas là-dessus. Je suis contente de lire des réflexions sur le sujet, de pouvoir régulièrement retester mon engagement, mes limites, mes raisons.

J’ai vu un film et deux séries

Je suis allée voir Project Hail Mary, réalisé par Phil Lord et Christopher Miller d’après un roman de Andy Weir. J’ai tout bonnement adoré ? Ce film aurait pu me passer complètement au-dessus (je déteste les films qui se passent dans l’espace), mais mon flux RSS m’a affiché la dernière vidéo de Cosmonaut Variety Hour et le titre m’a attirée : Project Hail Mary is Delicious Hope-core. Ça donne envie, non ? Je ne vous en dis pas plus que ce que je savais alors en réservant nos places : 1) ça se passe dans l’espace 2) il y a Ryan Gosling 3) ça donne de l’espoir. C’était super.

J’ai fini, enfin ! la deuxième saison de The Night Manager, qui a été entièrement réalisée par une femme, Georgi Banks-Davies (la première avait été réalisée par une autre femme, Susanna Bier). Je le mentionne car je trouve que ça se sent dans la manière dont sont filmés les rapports genrés dans ce récit, adapté de romans de John Le Carré. C’est une histoire d’espionnage sur fond de trafic d’armes, autant dire viril-land, mais quelque chose dans la proposition finale, écriture + réalisation + acting, me fait accrocher. Je vais peut-être réserver une réflexion plus approfondie pour ma newsletter, mais sachez en tout cas que j’ai aimé cette saison 2, même si la fin m’a frustrée (car elle augure d’une possible saison 3, et je préfère quand les fins sont des fins).

On a aussi vu la saison 1 de The Pitt, série créée par R. Scott Gemmill. Je n’ai jamais vu un seul épisode de Urgences, donc j’arrive en retard dans le train de la hype mais je suis ravie d’être montée à bord : c’est vraiment très bien. Le format est ingénieux, les acteurices sont excellent·es, les arcs narratifs super bien menés. Dans une newsletter, l’autrice Alicia Thompson dit de la série : « It does make me a little sad and stressed out, but in a way that feels kinda good and cathartic. » (Ça me fait en effet me sentir un peu triste et stressée, mais d’une manière plutôt agréable et cathartique), et je relate à fond.

J’ai aussi vu les deux dernières vidéos de Nina Montagne, on gathering: cyberfeminism, multiplicity, digital archives, and the practice of collecting et you need to be more mysterious to yourself – on desire and the unfinished self. À ce stade, je recommande juste sa chaîne : à chaque vidéo je prends une page complète de notes.

Je suis allée écouter des autrices

D’abord, Camille Teste à L’Affranchie pour parler de son livre Embrasser la bisexualité. La discussion est sortie en podcast, c’est votre jour de chance. C’était très intéressant d’un point de vue intellectuel mais l’immense plus-value pour moi de ce moment était émotionnelle : ça m’a fait quelque chose de savoir que j’étais dans une pièce avec une majorité de personnes bies comme moi.

Ensuite, Pénélope Bagieu interviewée par Marie Telling dans le cadre du festival SeriesMania. Que vous dire ? Pénélope Bagieu est ultra talentueuse, très drôle, méga belle et hyper généreuse. Je n’ai que des compliments. Un peu comme pour la rencontre avec Camille Teste, j’y allais principalement pour les vibes, pour recharger les batteries, pour être dans une expérience de communion – et les vibes étaient impeccables.

J’ai découvert un podcast

J’arrive un peu après la bataille, mais je découvre Torchon, un podcast de Léa Bory où à chaque épisode, elle et un·e invité·e décortique la lecture d’un livre qui a fait l’actualité, dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Full transparence : j’ai découvert car on m’a dit que mon dernier roman était cité dans l’épisode « Nos meilleures lectures de 2025 » (merci à Julie de l’avoir choisi ! quel honneur !) et maintenant mon objectif est de ne jamais faire l’objet d’un épisode dédié à un de mes livres.

En vrai, c’est hyper agréable parce que les deux personnes qui discutent ont à cœur de ne pas être dans le bashing gratuit et facile. On peut donc entendre de jolis compliments sur de la littérature populaire, et des critiques assez acerbes de livres qui ont pourtant conquis la critique intellectuelle. C’est frais ! J’aime ça !

Ça m’a fait un peu penser à If Books Could Kill, en anglais, qui fait un peu la même chose mais avec les all-time best-sellers de non-fiction de la culture américaine. C’est le même esprit exigeant. Celui-ci est tenu par deux hommes (Michael Hobbes et Peter Shamshiri) mais ils me font trop rire. J’adore les livres, j’adore les gens qui parlent des livres.

J’ai cuisiné des soupes

Une soupe de gnocchi à la crème fraîche, une soupe au chou (toujours des recettes Love & Lemons) qui met la musique du film dans la tête. Ce que j’ai le plus aimé avec ces recettes, c’était de les partager avec mes amies. Et c’est dire combien j’aime cuisiner pour les gens que j’aime, car c’était vraiment délicieux dans les deux cas.

🎧 Pour écrire cet article, j’ai écouté ma playlist d’avril. Depuis presque 10 ans, j’ai une playlist par mois que j’alimente chaque année de nouveaux titres. Celle d’avril sent le printemps et la joie.


Publié

dans

par

Étiquettes :

Commentaires

2 réponses à “Compost de mars”

  1. Cécile

    Bonjour Pauline, j’écris mon petit mot ici mais j’aurais pu le faire sous un autre billet, simplement pour te dire que je suis super contente que tu reprennes le blogging, j’ai une vraie nostalgie d’Un invincible été où tu parlais de tout et de rien (gros souvenir des articles club de lecture je crois avec Ophélie Véron). J’espère vraiment que ce medium va se développer à nouveau… (notamment celui d’Irène « lanébuleuse »…). Bref, merci merci pour tous ces billets de blog !

    1. Mais surtout merci de les lire !!

Répondre à Cécile Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *