des fleurs partout.

En 2026, j’ai envie de fabriquer, d’apprendre, d’expérimenter. Donc je vais faire des zines, car j’adore ça et que c’est le meilleur moyen, à mes yeux, de réunir toutes ces envies en un seul projet bien défini.

En fait, j’ai envie de tester différentes manières d’écrire, plus globalement de raconter des histoires. Je suis à la recherche donc de techniques que je n’ai jamais utilisées, et j’ai envie d’en tester plusieurs sur des temps relativement courts.

En janvier, j’ai fait beaucoup de blackout poetry, ou en français des « caviardages ».

Le concept est simple : il s’agit de prendre une page de texte existant, et d’en obstruer une partie au marqueur noir indélébile pour n’en faire ressortir que quelques mots. C’est une technique vieille comme, je sais pas, l’invention de l’imprimerie, mais je ne l’avais encore jamais pratiquée moi-même, notamment parce que je n’avais pas de livre à sacrifier pour tenter.

Depuis quelques années, j’amasse une pile de livres que je n’ai pas envie de garder pour diverses raisons. J’avais enfin le matériau idéal pour une expérience d’alchimie. Let’s go.

Mes contraintes :

  • je n’ai qu’un mois pour tester la technique et en faire mon zine : l’objectif n’est pas de faire un truc parfait digne d’un prix, c’est juste de faire un truc.
  • je choisis un livre de la pile : majoritairement pour avoir une cohérence graphique sur les pages caviardées
  • je tire au sort les pages à caviarder : j’ai utilisé random.org, mon fidèle outil pour prendre des décisions, l’objectif étant là de ne pas passer 10 ans à relire le livre pour y trouver des passages percutants, et aussi d’être contrainte par le hasard des mots qui se trouvent dans les pages que je n’aurais pas choisies

Ce que j’ai appris :

  • se détacher du texte est une discipline qui s’apprend.

Sur mes premières pages de test, j’avais tendance à raconter la même chose que la page tirée au sort, seulement en retirant les mots les plus « superflus ». J’avais du mal à sortir des livres, que j’avais lus en plus, pour leur faire dire totalement autre chose.

  • less is more.

Dans la continuité du point précédent, une page est souvent plus belle, plus intense, en ne gardant qu’une petite poignée de mots sur les centaines qu’elle contient. Ça m’est arrivé plusieurs fois de caviarder des mots supplémentaires après avoir terminé une page, pour extraire l’essentiel d’un message qui, par ailleurs, n’est pas toujours clair et ce n’est pas grave.

  • le définitif est une frustration nécessaire.

Le truc du caviardage c’est qu’une fois le marqueur passé, c’est impossible de revenir en arrière. Le texte est devenu illisible et à moins d’avoir un autre exemplaire du même livre, il est perdu. C’est peut-être la pratique d’écriture la plus définitive que j’aie jamais expérimenté. J’ai « raté » plusieurs pages comme ça, en n’étant pas assez attentive, en laissant mon marqueur aller trop loin sur la ligne. Un peu envie de balancer des trucs en geignant, comme ma fille quand elle « rate » son dessin.

Je me suis vue lui dire « c’est frustrant de ne pas réussir à faire exactement ce que tu veux, allez viens on recommence », alors je me le suis dit aussi, souvent. J’ai quand même essayé de développer une méthode pour limiter la possibilité de l’erreur, car on ne se refait pas.

  • la technique de la reliure en pamphlet

Je n’ai pas d’agrafeuse à plat, mais j’ai des tas de fil et d’aiguilles. J’ai googlé deux secondes et trouvé un tutoriel facile (en anglais). Le résultat est chouette, j’aime bien, même si à posteriori j’aurais peut-être choisi une couleur de fil plus pétante, c’est pas comme si j’avais pas le choix en plus. (j’avais le choix, j’ai vraiment beaucoup de fil.)

Matériel utilisé :

  • livre à sacrifier
  • crayon gris
  • cutter de précision (X-acto Knife)
  • marqueur noir épais (Uniball Prockey)
  • gomme

Pour faire le zine :

  • feuilles de papier A4
  • colle (stick UHU)
  • fil de coton
  • aiguille pointue
J’aimerais comprendre sur quoi mon appareil a fait le point mais OK.

La méthode :

Après avoir découpé au cutter la page tirée au sort (important de travailler à plat, et sans distraction autour), j’ai commencé par repérer au crayon les mots qui m’intéressaient, puis ceux qui pouvaient les lier et raconter une histoire. J’ai encadré ceux qui restaient, puis j’ai passé le marqueur noir sur les lignes où figuraient des mots à garder, pour rester bien concentrée. Ensuite j’ai caviardé les lignes complètes (lignes vides et interlignes en début de paragraphe compris). Enfin, après séchage complet, j’ai gommé les traces de crayon encore visible.

Le zine est disponible en téléchargement ici, si vous êtes curieux·se. (ce n’est pas un fichier imprimable pour un assemblage maison, juste un scan moche pour pouvoir lire les poèmes.) (après bon, vous faites ce que vous voulez.)

À la prochaine pour un nouveau zine !

PS : si vous tentez la technique et que vous postez le résultat en ligne, n’hésitez pas à venir poster le lien dans les commentaires pour que j’aille jeter un œil !


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Commentaires

6 réponses à “des fleurs partout.”

  1. Marianne

    Ça donne envie d’essayer:)!

    1. Je veux voir vos expérimentations !

  2. Camille

    Ah mais quelle bonne idée! Je vais tester aussi!

    1. N’hésite pas à revenir me dire comment ça s’est passé !

  3. Adeline

    J’aime la démarche, et je retrouve assez dans l’approche procrastination/ recherche d absolu, nécessité de lâcher prise. J’ai récemment essayé le caviardiage sur des copies d’un livre que j’avais utilisé en atelier avec des ados. La frustration d’avoir laissé traîner le crayon trop, bien que ce ne soit pas le livre original. Merci pour la démarche et le rendu, c’est inspirant !

    1. Merci Adeline, ça me fait plaisir !

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