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Faire la peau, de Louise Chennevière

« J’ai toujours attendu la mort de ma mère. »

C’est la première phrase de Faire la peau, qui m’a cueillie comme un crochet du droit tandis que je feuilletais les stories de Une librairie à soi·e, l’excellente librairie lyonnaise. Il ne m’en a pas fallu plus pour ajouter cet ouvrage à ma liste d’achats de la rentrée littéraire.

De Louise Chennevière, j’ai lu Mausolée (P.O.L, 2021) après l’avoir vue programmée au festival Dangereuses Lectrices à Rennes, et j’avais été marquée par le style de l’autrice, quelque chose de viscéral qui m’était resté en tête.

Faire la peau est une longue adresse, à la lectrice (toutes filles d’une mère), mais aussi à ladite mère de l’autrice, tandis que celle-ci parcourt les raisons qui, d’une certaine manière, justifient cette attente établie d’emblée. C’est un récit un peu ardu à lire, on est proche du flux de conscience, les propositions se terminent abruptement, les virgules s’enchainent, les phrases durent des heures. Et pourtant j’ai continué à lire, trouvant dans ces pages des choses que je n’avais jamais lues ailleurs.

Je me suis demandé comment lire un livre sur la (non-)relation mère-fille en étant moi-même à la fois la fille d’une mère et la mère d’une fille, une question qui me traverse régulièrement d’ailleurs, mais ici avec la violence d’un aiguillon. Évidemment je me suis retrouvée, comme par surprise, dans certains passages, comme si en tournant le coin d’une rue je faisais soudain face à un miroir, et ici je me permettrai de ne pas expliciter quand l’identification se faisait à partir de mon identité de fille ou bien de mère.

Je me suis parfois demandé pourquoi ce livre existe, pourquoi faire de ce texte une chose publique, ce qu’il cherche à accomplir. Et je me suis demandé d’où venaient ces questions, cette loyauté ou cette pudeur, à l’endroit de l’image de la mère dont je questionne pourtant chaque jour le rôle social. Tout au long de ma lecture, j’ai oscillé entre deux équipes, suis-je du côté des mères, suis-je du côté des filles ? Que veut dire chaque allégeance ?

Je ne vais pas mentir, quand l’autrice mentionne avoir construit un désir d’enfant malgré tout ça, j’ai senti mes poumons se remplir plus aisément. Il m’aurait été (et c’est tout personnel) assez insupportable de lire certaines généralités, sur le mal que font les mères à leurs filles, sans cet aveu pour les adoucir – comme si cela me permettait de ne pas me sentir visée, de rejoindre le camp des filles à nouveau, de voir ça comme une main tendue, du camp des filles au camp des mères qui ont été des filles d’autres mères et qui essayeront, c’est promis, de faire mieux.

Alors la petite réac’ en moi qui parfois avais envie de souffler « mais pourquoi ce livre existe-t-il ? » a trouvé une réponse, la réponse évidente : tandis que Pardonner à nos mères m’avait laissée inchangée, ce texte-ci, et c’est sûrement par sa qualité littéraire (qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui existe indéniablement), sa vulnérabilité, sa cruauté, m’a ébranlée et continue de me questionner, plusieurs semaines plus tard. C’est donc à ça que sert ça sert, la littérature.


Faire la peau, de Louise Chennevière. P.O.L. 2026.


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